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Une
voirie pour tous - Sécurité et cohabitation sur la voie
publique au-delà des conflits d'usage
(mise à jour 24 janv 2008)
La
convivialité n'est pas un concept abstrait, c'est la rencontre
au quotidien avec autrui, dans un contexte de courtoisie et de compréhension
mutuelle, comme le prévoit la "Voirie pour tous".
Le
Rapport
"Une voirie pour tous" sur le site du CNT ,
téléchargeable
en mode interactif (Hubert
Peigné, Conseil National des Transports, juin 2005)
est souligne notre propos. Réunissant les réflexions et
discussions du groupe de travail sur le "partage de la rue"
(rebaptisé "voirie pour tous" afin d'éviter
la confusion liée au double sens du mot"partage" à
la fois comme (1) co-utilisation de la chaussée, mais aussi comme
(2) ségrégation des usagers et séparation des flux).
Maîtrise
des flux et sécurité - 1
La première génération de maîtrise des flux
était basée sur une approche intellectuelle et répressive,
nécessitant contrôles et contraventions. Elle faisait appel
à la raison, sur la chaussée il fallait lire les panneaux,
déchiffrer les indications. Sans apprentissage, cela était
impossible. La pléthore de panneaux et leur signification devait
être inculquées… et le résultat était
le non respect du plus faible, un accroissement de la déshumanisation
de l’espace public et l’essor de comportements irrespectueux,
voire hostiles, dans l‘espace commun devenu espace anonyme, l’espace
des grands chemins de la lutte de tous contre tous.
Maîtrise
des flux et sécurité - 2
Inversement, la seconde génération de maîtrise de
la circulation procède autrement. Finis les panneaux, les marquages
au sol et le travail intellectuel insensés. C’est au sentiment
et au bon sens que l’on fait appel. Au lieu d’interdire,
on laisse libre, au lieu de faire appel à l’intellect on
crée une ambiance qui génère un sentiment de participation,
et le tout grâce à des aménagements de l'espace.
Le sentiment provoqué peut être celui de chaos ou d’insécurité
notamment chez l’automobiliste, par le flou, l’imprévisible
et le vide que laisse l'absence de signalétique. Pas de règles
autres que 1) rouler à droite, et 2) priorité à
droite. Le reste, c’est au « feeling ». Et ce feeling
ne trompe pas. Si les priorités entre piétons, vélos,
motorisés ne sont pas définies par la séparation
des flux, mais s'agencent par la co-utilisation de l’espace (shared
space), il s'ensuit que les motorisés ralentissent spontanément.
Créer une ambiance
C’est donc cette ambiance que dégage « l’espace
rue » qui aura un impact bénéfique bien plus durable
sur le comportement des automobilistes que la réglementation
rigide et la multiplication des signalisations (panneaux, lignes séparatrices
et autres marquages au sol, interdictions
et consignes de toute sorte).
Les effets pervers de la signalisation
à outrance
L’esprit humain est d’une organisation formidable, mais
ce n’est pas un ordinateur. Bien des informations sont enregistrées
dans le domaine subliminal, c’est-à-dire de manière
inconsciente. Ainsi, les panneaux, nous ne les voyons plus, mais ils
ont une influence sur nous :
-
pour
les uns, ils remplissent la fonction rassurante de se trouver en terrain
connoté connu - on sait, rien de neuf, mais un sentiment d'habitude;
-
pour
les autres, les panneaux confèrent un sentiment de protection
- on pense pour moi, il suffit de faire ce qui est indiqué;
-
pour
certains, les panneaux provoquent un agacement, une agressivité,
une forme d’exigence de subordination à laquelle ils
ont envie de se soustraire pour décider eux-mêmes - je
fonce parce que je maîtrise;
- et
d'autres encore n'y voient que leur priorité permanente qui
est censée les protéger.
Toutes sortes de comportements pervers découlent de l'outrance
de signalisations et de réglementations (Quelques exemples
: le raisonnement que "si ce n'est pas interdit, c'est permis",
donne comme résultat le stationnement sauvage partout; tant
qu'il n'y pas au moins deux panneaux de "rappel" pour
une limitation de vitesse, on ne la prend pas au sérieux;
le panneau "entrée de ville" sans le panneau de
la limitation à 50km/h
fait qu'on oublie allègrement de lever le pied car aucun
panneau ne nous l'impose...).
La
notion de « sécurité »
Alors que la seule véritable « sécurité»
de tous est le contact visuel qui permet de sonder les intentions
mutuelles. Le contact visuel des
usagers de la rue écarte le danger plus que ne le font les
feux rouges et autres dispositifs soi-disant de sécurité.
Or, le contact visuel ne peut être établi qu’à
une vitesse maximale de 30km/h - une vitesse encore « humaine
» qui permet que notre cerveau personnalise son environnement,
perçoive l’expression faciale de l’autre - à
pied, à vélo, au volant. L’autre a donc un visage
pour nous et devient ainsi un co-utilisateur, un partenaire de la
chaussée.
Vitesse et anonymat
Au-delà de 30 km/h, l’espace devient anonyme, comme
dans les jeux vidéo basés sur la vitesse, et qui font
débouler les images à l’écran à
toute allure - pas besoin d’être un bon dessinateur
pour créer ce genre de produit puisque le regard ne peut
pas s'y arrêter et on ne voit rien.……
En revanche, les urbanistes de l’époque du carrosse
savaient pourquoi les perspectives et l’agencement des différents
plans qui apparaissent et défilent, étaient si importants
- puisque la vitesse du carrosse permettait de les apprécier
et de rendre ainsi hommage à l’artiste-urbaniste. Rappelons
que le vélo avance à la vitesse du carrosse.
Espace pour tous - shared space
La seconde génération de maîtrise de la circulation,
communément nommée "principles of shared
space", vise la même atmosphère : ré-humaniser
la ville par l’apaisement de la vitesse et par l’aménagement
de l’espace commun en faveur des flux libres des piétons
et des cyclistes.
En définissant des « zones de trafic » et des
« zones sociales », l’ingénieur allemand
Hans Monderman a réussi à donner un cadre théorique
à l’aménagement des rues, et à encourager
un traitement différent selon leur appartenance à
la zone trafic ou à la zone sociale.
Malgré ce constat clair, le « code de la route »
s’applique invariablement à tout le réseau routier,
qu’il s’agisse de l’autoroute ou d’un sentier.
Selon les mêmes raisonnements -que la route de la zone trafic
n’a pas la même fonction que la rue dans la zone sociale,
et que les usager ne sont donc pas les mêmes - la Belgique
a instauré le code de la rue
qui s’applique précisément aux rues qui ont
une autre vocation que les « routes ».
Le
Rapport "Voirie pour tous" sur le site du CNT est
le fruit du groupe de travail d’Hubert Peigné (Conseil
National des Transports, juin 2005) qui aboutit au même constat.
La rue a des fonctions différentes dont il faut tenir compte.
Un seul type d’aménagement, en faveur de la seule voiture
et de la seule vitesse, est inapproprié. Les exigences de
plus en plus tenaces des habitants pour un cadre de vie de meilleure
qualité sont ainsi reconnues comme légitimes.
Un programme européen
S'inspirant du concept de « shared
space » un programme européen est né avec
l'objectif de développer de nouvelles politiques pour aménager
l'espace public. Dans ce but, une nouvelle vision concernant la
planification dans l'espace public est appliquée sur sept
sites pilotes. en faveur d'aménagements concrets dans d'autres
villes européennes (dont Haren, NL, Oostende B, Bohmte, D,
Ejby, DK) Le site européen
du programme "shared space" présente les sept
projets en cours. Aucun projet en France….
Mais cela ne nous empêche pas d’adhérer aux principes
de « l’espace pour tous » dans nos villes. Des
zones 30 étendues avec abolition
du marquage au sol sont un excellent début, à favoriser
à Buc partout ailleurs.
La
force des phrases est bien faible comparée aux images des aménagements
par exemple des villes de Drachten, Makkinga,
Oosterwolde (NL) ainsi que des projets
du programme européen « shared space ».
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