LIBERATION 2006
Rendre
compatibles les modes de circulation
par Gilles WALLON
QUOTIDIEN : vendredi 21 avril 2006
Denis Baupin, adjoint Verts de Paris
chargé des transports, est également président
du Club des villes cyclables, l'un des partenaires de l'initiative «code
de la rue».
Un code de la rue, est-ce un code antivoitures
?
Non. C'est un code qui instaure la responsabilité du plus fort
envers le plus vulnérable. Un code qui rééquilibre
l'attribution de l'espace urbain. Jusque-là, tout était
fait pour que, dans la ville, le cycliste se sente mal à l'aise,
le piéton en danger, et le bus, toujours pris dans les embouteillages.
Avec un code de la rue, il ne s'agit pas d'empêcher les voitures
de rouler, mais de les rendre compatibles avec d'autres modes de circulation.
Cependant, il est vrai que nous voulons moins d'automobiles en ville,
et surtout qu'elles aillent moins vite. Car la voiture ne doit plus
être le véhicule de référence en ville :
c'est le moins adapté à cet espace. Il faut trouver d'autres
solutions.
Le code de la rue pourrait-il naître rapidement ?
Je n'ai pas d'illusions, le projet ne sera pas porté de façon
très volontariste par le ministre de l'Equipement, Dominique
Perben. Je ne vais pas dire qu'on aura abouti d'ici à la prochaine
présidentielle. Et je connais la force du lobbying provoiture.
Ceci dit, le contexte actuel nous est favorable, avec la prise de conscience
des efforts à fournir pour la sécurité routière,
l'augmentation du prix du pétrole, le réchauffement climatique,
etc. On est en train de grignoter du terrain.
Que reprochez-vous au code de la route ?
Le code de la route organise tout l'espace autour de la voiture. Et
sa rigidité empêche certaines avancées concrètes.
Par exemple, la création de contresens cyclables, qu'on pourrait
signaler par une simple bande de peinture au sol, est impossible. Ou
bien, il considère comme des piétons ceux qui font du
roller, et les oblige à utiliser le trottoir alors qu'une piste
cyclable serait plus appropriée... Cependant, dans le code de
la route, certains aspects du code de la rue existent déjà.
Par exemple, les zones en ville limitées à 30 km/h. Simplement,
ces mesures ne sont pas assez respectées. Pour l'instant, les
riverains sont toujours d'accord pour que la vitesse soit limitée
à 30 km/h dans leur quartier car ils souhaitent de la sécurité.
Mais ils veulent pouvoir rouler à 50 km/h partout ailleurs...
Le changement de mentalité commence à venir. Il faut encore
du temps. Source
LE
MONDE 2005 - on commence à parler du Code de la rue en France
!
Vélos en ville : le "code de la rue"
belge en vedette à Lille au 16e Congrès du Club des villes
cyclables
LE MONDE | 22.10.05 | 12h35 • LILLE correspondance
"Du
code de la route au code de la rue", tel était l'un des
principaux thèmes du 16e congrès du Club des villes cyclables
qui s'est achevé, vendredi 21 octobre, à Lille, sous la
présidence de Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris.
Ce "Club", créé en 1989 par dix villes, en regroupe
désormais 750, parmi lesquelles Bordeaux, le Grand Nancy et le
Grand Lyon.
La localisation nordiste de ce congrès permettait de regarder
aussi outre-Quiévrain. En 2004, le code de la route belge a été
enrichi d'un "code de la rue" définissant la place
de chaque usager sur la chaussée et les priorités. Michèle
Guillaume, de l'Institut belge pour la sécurité routière
(IBSR), attendait cette réforme depuis onze ans. "En 1993,
mon fils a été gravement blessé à vélo
par une voiture. Mais c'est nous qui avons dû payer les réparations
des dégâts de la voiture, en raison d'un constat mal rédigé
par la police."
Désormais, la nouvelle réglementation belge impose une
obligation de prudence du poids lourd envers la voiture, de la voiture
envers le cycliste, du cycliste envers le piéton. "L'association
des parents d'enfants victimes d'accidents de la route a fait constater
qu'ils étaient vulnérables mais négligés
par le code de la route. Nous avons réuni les usagers les plus
faibles, cyclistes, piétons, personnes âgées ou
à mobilité réduite. Puis nous avons rencontré
les "motorisés", y compris transporteurs routiers et
taximen : nous ne voulions pas être le relais d'une seule catégorie
d'usagers. En concertation avec le gouvernement, le code de la route
a ensuite été relu article par article..."
En France, la loi Badinter de 1985 rend la voiture responsable dans
presque tous les cas. Mais Véronique Michaud, secrétaire
générale du Club des villes cyclables, insiste : "L'ennemi
commun est la vitesse. Notre choix est de pacifier, de modérer.
Ce n'est pas le développement de la voiture que nous critiquons,
mais le fait qu'il se soit fait dans les années 1970 au détriment
du vélo bien difficile à réintroduire. Une étude
suédoise a montré que le danger est aux intersections,
quand la voiture et le vélo s'oublient. Nous sommes convaincus
que la mixité de l'espace est idéale, car séparer
vélos et voitures endort la vigilance."
A l'heure où la mairie de Metz choisit de verbaliser les cyclistes
circulant à contre-sens, l'un des points les plus spectaculaires
de la réforme belge consiste en l'obligation d'autoriser les
cyclistes à emprunter les sens interdits, marquage à l'appui.
Un an après, cependant, une majorité de communes ne sont
toujours pas prêtes et il n'existe pas d'outil législatif
pour les contraindre. - Geoffroy Deffrennes, article paru dans l'édition
du 23.10.05